Je ne compte plus les messages que je reçois de remerciement et d'encouragement pour continuer à poster sur ce qui se passe vraiment. Malheureusement je ne suis pas dans le nord et ne peux parler vraiment que pour Tokyo.

Je m'étais portée volontaire pour suivre l'équipe de CNN qui doit déjà être rentrée maintenant, mais ils étaient déjà au complet. En ce moment ils cherchent des traducteurs pour assister les étangers sur place mais ne prennent que des hommes (no comment).

La plupart des journalistes étrangers ne sont plus sur place, il ne reste plus que les médias japonais. Sur NHK (que vous devez avoir en anglais sur votre bouquet TV) ils montrent tous les jours ce que deviennent les survivants. C'est important de se tenir au courant de leur situation.

http://www.ustream.tv/channel/nhk-world-tv

Mais je suis rassurée de voir que je ne suis pas seule sur la toile. Sur ce blog j'ai pointé vers d'autre blogs, il ne faut pas hésiter à les consulter fréquemment aussi.

On est peut être une poignée et on va surement être de moins en moins car il faut bien se remettre à vivre, mais il y a TOUJOURS moyen de se tenir au courant.

Ci dessous un autre blog: Et pourtant la personne est en France, ce qui ne l'empêche pas de se documenter.

http://www.ten-ryu.org/article-situation-au-japon-jeudi-17-mars-2011-coup-de-gueule-2-69565425.html

Situation au Japon - jeudi 17 mars 2011 (coup de gueule 2)

Encore une fois je rappelle le lien pour les infos concernant l'aide au Japon: Solidarité Japon . Je mettrai ce lien régulièrement à jour avec les communications des groupes locaux ou ONG, ou ambassades ou groupes privés qui récoltent des dons et qui se sont donnés pour mission actuellement et dans les prochains temps d'aider le Japon. Récemment une communication de l'ambassade du Japon en France.

 

Concernant la situation au Japon aujourd'hui, on peut dire qu'il y a du mieux. Les courageux pompiers et militaires japonais ont réussis à stabiliser des réacteurs et éviter le pire des scénarios, déjà un point positif, il faut le souligner. Les médias japonais (Yomiuri Shimbun, Asahi, NHK, ...) en ont parlé en fin d'après midi... mais évidemment, pas un seul média occidental n'en a fait la communication, se concentrant sur des suppositions de chiffres et de pollution nucléaire. C'est important pour le monde certes... mais en attendant les rescapés de Miyagi-ken, Iwate-ken meurent... Oui je parle bien des rescapés... des personnes qui ont survécus aux tremblements de Terre, au tsunami successifs (il n'y en a pas eu qu'un!)... et qui meurent... de faim (oui, de faim... au Japon), de froid et de manque de médicaments... La grippe commence à s'installer et les médicaments sont absents...

 

Pour ceux qui ne le savent pas... depuis le vendredi 11 mars à 14h46, jusqu'à maintenant (jeudi 17 mars 2011), le Japon a essuyé plus de 460 séismes et répliques... Se rajoutent les tsunamis dont vous connaissez les conséquences. Outre la catastrophe nucléaire, le volcan  shinmoedake sur l'île de Kyushu au sud de Honshu, en sommeil depuis un mois je crois, s'est réveillé le 13 mars 2011 et a fait lui aussi des victimes si j'en crois certaines news (des vidéos sur ses explosions pullulent sur la toile, attention, le shinmoedake étant un volcan actif, il y a des vidéos de ses éruptions notamment celle du mois dernier)... bien que situé à 1500km de l'épicentre du séisme on ignore si son réveil y est lié. Ca non plus on en parle pas...  http://www.youtube.com/watch?v=2wyxpxIXyHU

 

De la même façon que les médias s'arrachent les infos et les images de la centrale de Fukushima, ce qui a pour effet que le sort des rescapés du nord-est du Japon est pratiquement occulté. Il devient de plus en plus rare que l'on puisse lire l'évolution de leur situation et l'aide qui leur est apporté (ou pas). Pourtant c'est sur eux que doit se concentrer l'aide internationale et non la masturbation mentale de tous ces pseudos intellectuelles qui se délectent de la situation à Fukushima... N'oubliez pas... ne les oubliez pas. Leur situation se dégrade et c'est eux qui ont le plus besoin d'aide: Solidarité Japon

 

A l'heure actuelle, beaucoup de japonais à l'étranger mais au Japon expriment via des blogs, des twit, des messages sur facebook, des posts sur des forums, leur tristesse, leur déchirement, leur douleur infinie et leur incommensurable colère... colère contre Tepco et ce gouvernement qui les ont conduit là où ils sont... Et surtout qui ont causé la douleur qu'éprouvent tous leurs frères et soeurs abandonnés dans le nord-est du Japon... Combien de villes n'ont pas vu de secours, n'ont plus rien?

 

Et pourtant, les médias ne parlent que de la centrale et de la catastrophe nucléaire... Et c'est lamentable, honteux, indécent. Alors que des dizaines de milliers de personnes se battent pour leur survie, les médias orientent l'attention du monde sur Fukushima... Ca m'éoeure...

 

Et c'est la raison pour laquelle il est important d'aider le Japon... Et aider les secours en leur donnant plus de moyens. 

 

Je rappelle le lien que je mettrai régulièrement à jour: Solidarité Japon

 

Encore une fois je vous mets en garde contre le contenu des informations en France notamment... N'oubliez pas de croiser vos sources, ne vous basez pas sur ce que raconte les journaux télévisés ou les médias internet, allez sur des forums, lisez ce qu'en disent les français encore au Japon... Mais surtout ne croyez pas tout de suite ce que ces menteurs de la télé vous disent au 20 heures. On préfère vous montrer des images chocs, et des raccourcis, plutôt que la vérité. De la m^me façon n'hésitez pas à mettre en doute ce que j'écris et à croiser avec d'autres sources pour infirmer ou confirmer...

Français, Japonais au Japon en ce moment, qu'en pensent-ils?

M:
Alors si un mec de base avec pour seule formation un FLE arrive à comprendre concrètement grâce à différents avis d'experts internationaux comment fonctionne une centrale moderne et quels sont les risques réels, on a du mal à comprendre le manque de professionnalisme de la majorité des média français qui a défaut de se donner la peine de chercher un minimum préfèrent tomber dans la compilation du genre " Les pires images du Tsunami " ou encore un titre de "20 min" qui m'a fait stresser dès mon réveil ce matin : "Nuage radioactif au Japon, la situation devrait être critique vendredi". L'article en question finissant par un truc du genre " certes il n'y a pas encore de nuage radioactif mais on sait jamais".
Quand ta mère en pleurs ou le directeur de ton école t’appellent pour te dire de rentrer parce que Tchernobyl 2 ça va bien, que le Japon va disparaitre et cie, la différence de langue ne fait pas tout. On est dans de l'exploitation pure des évènements, autant par les média que par les politiques.

Ou encore un autre:

F:
Juste une remarque, je sais bien que les gens en France sont tres concernes par la situation au Japon.
Je reçois ces derniers jours de nombreux messages me conseillant de quitter Tokyo.
C'est tres gentil et ca me touche toujours quand les gens s'inquiètent pour moi.
Mais depuis Tokyo, il n'y a pas de raisons objectives de quitter la ville.
- Le niveau des radiations est normal (non dangereux) au moins 100km autour de Tokyo
- Les tremblements de terre, on a l'habitude et le dernier en date n'a pratiquement pas affecte la ville.
- Les transports, c'est chiant mais ya le velo si nécessaire et on peut tres bien rester a la maison
- La nourriture, certaines denrées sont difficiles a trouver mais c'est pas non plus le Bengladesh ou la Russie en 1980. Les resto (qui sont ouvert) sont toujours aussi bons.
- Les coupures de courant, qq heures par jours ca ne tue personne.
Donc pas de danger immédiat, qq désagréments mais sans plus.
Que certaines nationalités fuient en toute urgence le pays est a mes yeux un peu indécent car le reste des japonais continuent a travailler pour éviter que le pays ne s'enfonce un peu plus dans les problèmes.
Bien evidemment tout le monde a Tokyo, moi y compris, est a l'affût des dernières informations, internet aide bcp mais des fois les messages contradictoires font plus de dégâts que de bien. (Un bravo au British Council pour la gestion de la crise)
Je suis au Japon depuis pres de 15 ans, tant que ma sécurité ou celle de mes proches n'est pas véritablement menacée, je continuerais a assumer mes responsabilités professionnelles et personnelles.

Z:

Pour rappel, le Japon n'est pas un pays peuplé de naïfs disciplinés.
Il n'y a pas que des expatriés français ou autres européens contre les médias occidentaux ou le gouvernement nippon. Il y a aussi beaucoup de japonais, étudiants, doctorants, profs d'université (il y en a quelques unes à Tokyo) parfois en physique nucléaire ou autres. "Certains" sont cultivés et polyglottes et ne racontent pas que des conneries. Perso je dois avouer avoir été plus secoué par l'irresponsabilité et l'amateurisme des médias "officiels" que par le seïsme du vendredi 11. Etant avec mes 2 fils sur place, j'ai aussi failli prendre la décision de fuir vers le sud. Mais très vite la raison a repris le dessus. Devant le danger, calme et analyse (principe "vital" du bon budoka). Bien sûr le risque zéro n'existe pas (voir le nombre de morts annuellement sur les routes française). Ce soir sur Fr2 (encore) une reportage sur les secouristes français qui n'ont pu faire leur travail. Du coup, un regard plein de morgue et de mépris pour les secouristes japonais qui fouillent les décombres avec de simples bouts de bambou. Comment peuvent-ils traiter les envoyés de la France de cette manière, cette France qui en août 2003 comptait 15.000 morts lors du canicule ... pas un séïsme ou un tsunami, seulement une canicule. Je n'ose imaginer le résultat d'un événement comme il y a eu à Tokyo voici 10 jours !

 

Et encore un: http://www.lepost.fr/article/2011/03/17/2437792_a-tokyo-ca-va-nettement-moins-mal-qu-on-le-dit.html

 

La vie quotidienne reprend son cours, la vie sociale aussi, et tout ça s'organise assez bien.
Un seul détail énerve franchement la population : les journalistes étrangers, qui n'ont que le mot "catastrophe" à la bouche, et ne posent que des questions visant le sensationnalisme, du type : "Avez-vous peur ?", "Avez-vous confiance en votre gouvernement ?", et autres débilités...
Sur son blog Tabimobi, Shoko Muraguchi, une Japonaise qui est billingue en français, s'irrite : "J’ai qu’une seule chose à dire à ces gens : si vous ne nous aidez pas, au moins laissez-nous tranquilles. Et pitié, arrêtez de foutre la merde !"

Là c'est clair qu'elle est bilingue ^^;


C'est la France qui est dans le peloton de tête des "dramatiseurs", en rapatriant ses compatriotes, et en illustrant cette action de grands propos alarmistes.
Quand on voit avec quelle inefficacité Sarkozy et son orchestre traitent des problèmes franco-français, on ne peut que comprendre la peur des Japonais quand ils entendent les commentaires des médias français, les déclarations de nos politiques, et la prétention d'intervention de notre Président !

Une jeune femme japonaise bilingue peut-être plus française que beaucoup dans l'héxagone: http://tabimobi.com/2011/03/16/ca-va-a-tokyo-j5/

 

Oui, la vie reprend petit à petit à Tokyo. On commence à s’y faire, à ces coupures de courant.
Les trains circulent au ralenti mais ce n’est pas pire que les grèves françaises. La vie continue ici et il faut que le « quotidien » revienne le plus vite possible pour que le pays puisse panser ses plaies.

Beaucoup de français sont partis de Tokyo. Beaucoup sont partis « par précaution ». Beaucoup sont partis pour « rassurer leur famille » ou « leurs proches ». Car il faut le dire, les médias étrangères exagèrent l’événement.

Je rappelle que la France est pour l’instant, un des rares pays qui a demandé à ses compatriotes de partir de Tokyo. Le seul pays à afficher autant de pessimisme pour Tokyo. Sur les 5000 français habitant à Tokyo, presque 3000 auraient déjà quitté la Capitale pour aller à Osaka, Kyoto, plus au sud. Certains sont partis dès samedi matin, au lendemain du tremblement passer des « vacances préventives ». Ces gens là se retrouvent la bas, ils ont l’air rassurés. Ils postent des photos d’eux, ensemble sur Facebook. Ils ont l’air détendus. Ils sont un peu en vacances au fond…

Entre le sensationnalisme des médias, les lobbies pro-nucléaire, les anti-nucléaire, Nicolas Sarkozy et les élections proches… la France semble avoir fait de cet événement un cocktail fort original. Cela m’use, de voir ses amis partir un par un, de recevoir des mails paniqués des gens demandant « mais pourquoi tu restes à Tokyo? » Dois-je vraiment m’expliquer? Malheureusement oui. Mais j’ai de la chance, mes proches, ma famille, me comprennent, me font confiance, me laissent vivre mes choix. Ce n’est pas le cas pour tout ceux qui ont fait le choix de rester.

[...]

Ne vous inquiétez pas, on suit toujours de très près les informations. Mais trop d’information nous use. Faut savoir faire des pauses. Je ne suis pas suicidaire, je sais ce que je fais.

 

sans oublier: http://www.japanthroughblueeyes.com/2011/03/18/la_fin_du_monde_naura_pas_lieu

C'est un long billet que j'écris cette fois-ci, mais je pense qu'il est nécessaire et j'espère qu'il permettra à certaines familles de personnes vivant à Tokyo de se rassurer sur la situation. Beaucoup ne comprennent pas pourquoi nous restons ici, alors que les médias avancent de plus en plus fermement le scénario d'une catastrophe imminente à une échelle jusqu'à présent jamais vue. Un scénario fait de complots, avec un gouvernement japonais totalement désespéré et résigné à abandonner sa capitale qu'il ne peut pas matériellement évacuer. Les gouvernements étrangers, eux aussi résignés, commencent à évacuer leurs ressortissants dans tout le pays. N'est-ce pas le signe que Fukushima est sur le point de devenir la plus grosse catastrophe nucléaire?

Je suis de plus en plus convaincu que non. J'ai assisté aujourd'hui à la réunion d'information quotidienne sur la situation à Fukushima qui a eu lieu à l'ambassade de France de Tokyo. Les services diplomatiques français jouent la transparence avec la communauté et chacun peut se présenter à 12h30 afin d'entendre les évolutions de la journée et poser ses questions. La communication de l'ambassade au début du désastre m'avait semblé, comme à beaucoup, alarmante et un peu maladroite quand on pense qu'on nous avait annoncé un nuage radioactif imminent pour Tokyo avant de démentir l'information 10 minutes plus tard. Mais nous avons eu droit aujourd'hui à un point clair, transparent, et rassurant, tout le contraire des saloperies que vous balancent les chaînes de télé et journaux.

 

Avant d'aller plus loin, et au vu de la popularité qu'a pris ce billet, je tiens à préciser que son but est uniquement de rassurer les familles des personnes ayant désiré rester à Tokyo qui souffrent terriblement en leur expliquant que les recommandations diplomatiques ne sont pas forcément décidées uniquement en fonction de la situation réelle du terrain. Ce billet n'est ni un appel à rester à Tokyo (vous êtes seul responsable de vos actes), ni un démenti des recommandations de l'ambassade de France qui applique le principe de précaution pour ses ressortissants et travaille très dur dans cette situation difficile pour tous. (Note de Jack: l'Ambassade de France au Japon comme vous avez pu le lire ci-dessus recommande de suivre les recommandations des autorités japonaise...)


Etaient notamment présents au point d'information: Mr. l'Ambassadeur, un expert d'Areva (ce qui dément une autre rumeur disant qu'ils avaient quitté le pays), et un autre de l'IRSN, l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire.

Voici ce que l'on peut retenir de ce point:

* L'action du gouvernement français est dictée par le principe de précaution - les recommandations ne doivent donc pas s'interpréter comme une menace imminente.
* Toujours au nom du principe de précaution, certains services de l'ambassade pourront temporairement relocalisés à Osaka le temps que la crise se finisse, cependant contrairement à ce qui a été dit l'ambassade ne fermera pas.
* Mr. l'Ambassadeur (qui était donc là, encore une fois contrairement aux rumeurs) a déclaré que "Même dans le pire des scénarios, il n'y a vraiment pas de quoi paniquer." Les deux experts présents sur place ont également pu me confirmer qu'un scénario à la Tchernobyl, avec émission haut dans l'atmosphère de particules radioactives qui pourraient polluer une large zone, n'était pas envisageable.
* L'ambassadeur a réaffirmé sa confiance dans les autorités Japonaises et l'adéquation de leurs mesures de protection, en soulignant que la France menait ses propres évaluations et qu'elles concordaient avec les mesures prises jusqu'à présent.
* A la question "Comment rassurer nos familles sur la réalité de la situation quand les médias leur montent la tête avec un scénario de fin du monde", l'ambassadeur a répondu qu'une information actualisée et de source française était présente sur le site de l'IRSN, et que c'était là que pouvaient se diriger les personnes en quête d'informations officielles de la part de la France.

En effet, sur le site de l'IRSN on trouve notamment l'animation suivante qui représente selon une simulation la quantité de radiations qu'absorberait une personne après X jours à un endroit donné.

http://www.irsn.fr/FR/popup/Pages/animation_doses_corps_entiers_17mars.aspx

On y voit notamment qu'une personne vivant à Tokyo n'a aucune chance de recevoir plus de 0.1mSv si elle est constamment à l'extérieur. Ce qui selon EDF correspond à... la même dose de radiations qu'une radiographie du thorax. A part à ce trouver dans la zone rouge sur la carte, il n'y a pas de risque discernable pour la santé.

Voici donc la position française sur la dangerosité de la situation. Pourquoi alors conseiller aux habitants de Tokyo de quitter la région, leur proposer de les évacuer, et distribuer des pastilles d'iode? Là interviennent le show-business et la politique.


Comme vous le savez, les médias étrangers, dans leur incompétence légendaire, ont dès le début et en toute ignorance de cause adopté un vocabulaire apocalyptique à propos de la situation à Fukushima et déclenché une vive frayeur chez la population déjà Tchernodébilisée par la propagande écolo. Très vite avec la dégradation de la situation, on s'est logiquement mit à parler d'un nouveau Tchernobyl (alors même que la nature des centrales de Fukushima ne leur permet pas d'exploser et que la réaction nucléaire y est arrêtée, contrairement à la catastrophe de 1986), voire potentiellement pire. Voici ce que l'on m'a expliqué en privé à l'ambassade : face à une telle situation et une telle crainte dans l'opinion, un gouvernement ne peut pas prendre le risque de faire croire qu'il prend la chose à la légère et doit donc agir, que ce soit utilement ou pas. D'où les opérations de rapatriement et les conseils donnés à partir. D'un point de vue de politique intérieure, de telles mesures permettent également de rassurer la population sur la réponse du gouvernement. En gros, c'est donc aussi du bon vent pour remonter dans les sondages et gagner les élections.

Voici donc l'information, celle qu'il faut retenir. Ce qui se passe à Fukushima est de toute évidence un incident grave et qui fera date. Cependant, le combustible est déjà bien refroidit et en l'absence de grosse explosion qui projetterait de la poussière radioactive à plusieurs kilomètres de hauteur, une contamination à grande échelle est impossible. Même en cas de fusion totale de 6 réacteurs, les dommages resteront très locaux. Les autorités Japonaises luttent avec acharnement et on peut espérer que la situation tourne à leur avantage dans les prochaines heures. Cependant, même si ce n'était pas le cas, Tokyo ne serait jamais menacée de contamination radioactive.

Les idiots qui ont mis cela dans la tête des familles de personnes présentes ici, les faisant paniquer, et provoquant par là-même la fuite de milliers d'étrangers de Tokyo, parfois pour un retour définitif dans leur pays, sont tout simplement les journalistes qui font de la surenchère à la peur afin de mieux vendre leurs torche-culs. Imaginez donc, c'est le scénario rêvé : la plus grande métropole du monde, déjà frappée par un tremblement de terre, menacée par une catastrophe nucléaire! Une course contre la montre dans laquelle des hommes jouent leur vie afin d'éviter un nouveau Tchernobyl! Et un happy end comme on les aime, avec des héros à la Bruce Willis qui auront évité la catastrophe à la dernière minute et sauvé le monde. On ira ensuite cracher sur la réaction, forcément mauvaise, des autorités japonaises pour rajouter au sentiment qu'on a frôlé le pire et ainsi distribuer la meilleure télé-réalité que l'on ait faite jusqu'à présent. Et pour s'assurer de l'assiduité des masses, on les concerne au premier plan en leur faisant gober que le nuage pourrait arriver jusqu'en France, à 12.000 km de là! Vite vite les veaux, courrez acheter vos pillules d'iode à la pharmacie!

Désolé donc pour ceux qui souhaiteraient se rincer l'oeil d'une nouvelle catastrophe touchant le Japon ou qui souhaiteraient que je me fasse vaporiser la gueule (sisi, il y en a, ils m'envoient même des messages), Fukushima est et restera un incident nucléaire grave sans devenir une catastrophe sanitaire. La vraie catastrophe est celle des 200.000 personnes qui ont perdu leur maison, leur travail, leurs proches et qui dorment entassés dans des abris alors que tombe la neige. Mais c'est tellement moins prenant que ce joli scénario à la Hollywood qu'on peut bien les abandonner à leur misère, tant qu'on donne du temps de cerveau aux annonceurs.

C'est très dommage pour ceux qui sont partis de Tokyo voire du Japon, parfois en perdant beaucoup, à cause de cette désinformation terrifiante pour les familles de ceux qui restent, qui vivent des moments d'angoisse et ne comprennent pas pourquoi leurs proches ne fuient pas cet enfer. C'est terrible pour nous qui devons rassurer nos familles, seuls contre ce torrent de désinformation et de panique, parfois au prix de violentes disputes qui font du mal à tout le monde, et qui parfois doutons nous-mêmes. Si vous avez donc peur, rassurez-vous: ce n'est pas la centrale de Fukushima qui vous fait peur, mais juste une bande de gratte-papiers incultes, irresponsables et opportunistes qu'on appelle journalistes.

J'aimerais terminer par une petite anecdote qui m'a été racontée à l'ambassade. Une équipe de télévision d'une grande chaîne française aurait été contrôlée positive à une (infinitésimale) radiation lors de son retour à Paris après avoir joué les Rambos dans la zone interdite de Fukushima. Aucun risque pour leur santé, mais le commentaire que nous a fait en privé un des officiels présents vaut son pesant d'or et résume très bien la situation: "C'est bien fait pour leur gueule. C'est de leur faute si vos familles vous appellent toutes paniquées depuis samedi".

Un peu hypocrite le gars de l'ambassade. Mais bon on est déjà entré dans la phase " A qui est ce qu'on va faire porter le chapeau?"